L’ouverture du nouvel aéroport fait déjà grincer des dents

Les autorités ont annoncé officiellement l’ouverture de l’aéroport Blaise Diagne le 7 décembre. À moins de deux mois de l’échéance, personne ne sait encore comment ça va se passer. Les futurs passagers, acteurs du tourisme, commerçants, transporteurs, tout le monde s’interroge.

Situé à Diass, à près de 50 km de Dakar, perdu au milieu de nulle part, l’aéroport Blaise Diagne, s’il est proche de la station balnéaire de Saly, est bien loin de la capitale. Comment faire pour accueillir les amis et la famille ou leur demander de se rendre chez nous ?
AIBD

Transport : ça coûtera plus cher

Au bureau des taxis de l’aéroport Léopold Sedar Senghor, on se frotte les mains et on trépigne d’impatience d’aller cueillir cette manne financière. « Pour le moment, nous ne sommes encore sûrs de rien par rapport à la date prévue du déménagement. Tout ce qu’on nous a dit, c’est de nous tenir prêt pour rejoindre Diass. Ils nous ont prévu un endroit où se garer comme ici et attendre les clients, mais nous ne l’avons pas encore vu. Nous sommes en train de voir quels sont les prix que nous allons pratiquer, mais ce qui est sûr, nous ne descendrons pas à moins de 15 000 FCFA pour un voyage Diass-Dakar. Le péage seulement nous prend entre cinq et six mille, donc nous devons gagner un peu d’argent. » C’est donc une fois encore au passager de payer le plus lourd tribut. Car pour ceux qui n’ont pas réservé dans des hôtels avec navettes, ils devront payer le prix fort pour quitter l’aéroport.

Le service de transport public Dakar Dem Dikk quant à lui, assure qu’il sera présent sur le site et fera des rotations entre Diass et les autres villes. Pour le moment, les prix ne sont pas encore fixés.

Les moyens de transport ne manqueront pas pour se rendre ou sortir de l’aéroport de Diass. Le gros problème se posera au niveau des prix, quand on connait la mauvaise manie des chauffeurs sénégalais de spéculer quand ils sont en position de force.
Quant aux parkings du nouvel aéroport, pour ceux qui viennent chercher quelqu’un, nul ne sait les prix qui seront pratiqués.

Les petits commerces autour de l’aéroport risquent de disparaitre

Ce sont les plus malheureux de l’histoire. Ces petits commerçants qui avaient des activités autour de l’aéroport sont sûrs qu’ils ne pourront pas émigrer avec les autres à AIBD, à moins d’un miracle. Ce monsieur qui tient une petite échoppe où il vend des vêtements artisanaux et fait des photocopies secoue tristement la tête quand on lui parle du transfert prochain. Il se désole : « Nous n’avons été saisis par personne pour aller à AIBD. C’est comme si nous ne faisons pas partie de cet aéroport alors que ça fait des dizaines d’années que nous gagnons nos vies ici. On nous dit que là-bas, ce ne sera plus possible d’avoir des petites cantines comme ici et qu’une seule société va se charger de tout ce que nous proposions ici. »

À quelques mètres, Assane tient une petite galerie d’art dans laquelle on peut déguster du café touba et des gâteaux. Il partage l’amertume de son compagnon de galère : « Pendant que certains prient pour que AIBD commence à fonctionner, nous autres nous prions pour que ça n’arrive pas. Parce que nous serons nombreux à perdre notre gagne pain. On nous a dit que les petits commerces autour de l’aéroport là, ça ne va pas être possible à Diass. »

Et quid des infrastructures existantes ?
Façade de l’aéroport Léopold Sédar Senghor
Que va devenir le désormais ex-aéroport international Léopold Sédar Senghor et ses infrastructures ? Personne ne sait. À l’aéroclub, qui existe depuis 1933, personne n’a été tenu informé. Les propriétaires d’avions privés non plus. Certains osent espérer que l’aéroport continuera d’exister pour les vols à destination de l’intérieur du pays. D’autres au contraire parient que les terrains ont déjà été vendus à des promoteurs immobiliers.
Les hôteliers de la petite côte aux anges, ceux de Dakar inquiets

A Dakar, les hôteliers savent déjà qu’ils auront un manque à gagner avec la délocalisation de l’aéroport à 45 km de la capitale. Les heureux dans cette transaction sont les propriétaires d’hôtels de la petite côte. Toubab Dialaw est à 20 minutes de l’AIBD, Saly est à 30 minutes, le lac rose aussi est tout proche.

Malgré les navettes, beaucoup de clients ne séjournaient à Dakar que le temps de préparer leurs voyages à l’intérieur du pays. Maintenant, ils ne verront plus l’intérêt de faire le trajet jusqu’à Dakar pour repartir pour leur destination finale.

Ce nouvel aéroport semble plutôt entraîner plus de problèmes qu’il n’en résout avec son implantation si loin de l’agglomération.

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