Saint-Louis en feu, mais l’Etat a d’autres péoccupations: faire couler Khalifa

Des pêcheurs sénégalais ont détruit des boutiques appartenant à des Mauritaniens, lundi 29 janvier, à Saint-Louis du Sénégal, pour protester contre la mort d’un des leurs tué par des garde-côtes mauritaniens. Les incidents se répètent, et la dégradation des conditions de pêche entre la Mauritanie et le Sénégal inquiète les capitaines de pirogue à Saint-Louis.

Dans la nuit de dimanche à lundi 29 janvier, des pêcheurs de Guet Ndar, un quartier de Saint-Louis, ont appris la mort d’un de leurs confrères tué dans des circonstances troubles alors que son embarcation s’était introduite dans les eaux mauritaniennes sans autorisation. Le pêcheur aurait été tué par balle lors d’une course-poursuite

Lundi matin, en colère après cet incident, plusieurs centaines de personnes sont descendues dans les rues de Saint-Louis pour manifester, notamment dans le marché ou sur le pont de l’île Saint-Louis, où ils ont rencontré l’opposition des brigades anti-émeutes. La situation a dégénéré lorsque des manifestants s’en sont pris à des cantines et boutiques mauritaniennes en guise de représailles.

Mor Sene est un capitaine de pirogue à Saint-Louis.
La gestion de la pêche entre les eaux sénégalaises et mauritaniennes est devenue un problème qui dépasse nos autorités : chaque année, des pêcheurs sénégalais sont envoyés dans un cercueil à cause de l’usage de la force excessif des garde-côtes mauritaniens.

Nous estimons qu’il y a environ 50 000 personnes qui vivent de l’activité de la pêche à Saint-Louis. Pour nous, ces décisions de limiter l’espace de pêche ou d’imposer de nouvelles règles sont une catastrophe financière [dans le pays, la pêche est l’un des secteurs les plus porteurs, rapportant environ 200 milliards de Francs CFA et près de 600 000 emplois, NDLR]. Le plus dur, c’est la confiscation du matériel lorsque les pêcheurs sont arrêtés : les filets de pêche, les moteurs, les pirogues, tout cela coûte extrêmement cher, et du côté des garde-côtes, il n’y a souvent pas de possibilité de médiation.

Attaquer les boutiques des Mauritaniens ici ne fera qu’aggraver la situation : les peuples saint-louisiens et mauritaniens sont indivisibles, et ont toujours travaillé main dans la main pour les activités de pêche. Mais nous avons vraiment besoin que l’État sénégalais comprenne que nous avons plus que jamais besoin d’aide.

Plusieurs boutiques tenues par des Mauritaniens à Saint-Louis avaient fermé pour éviter des représailles. Photo Petit Ndiaye.

Les deux pays traînent un lourd passé de violence : il y a près de 30 ans, en 1989, des heurts entre paysans sénégalais et éleveurs nomades mauritaniens près du fleuve Sénégal avaient déclenché des massacres à Dakar et à Nouakchott, entraînant la rupture des relations diplomatiques entre les deux pays.

Ces incidents sont intervenus, alors que le président français, Emmanuel Macron, doit se rendre au Sénégal pour rencontre Macky Sall le samedi 5 janvier, et que le collectif pour la sauvegarde de la pêche et du littoral a déjà annoncé se mobiliser pour attirer l’attention des deux chefs d’Etat sur les problèmes des habitants de Guet Ndar.

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