Idrissa Seck, par devoir de vérité

Idrissa Seck, par devoir de vérité

D’emblée je tiens à préciser que je ne suis pas de Rewmi, et encore moins un pro Idy. Cette clarification est utile pour écarter tout soupçon de partisannerie. Je donne ici un point de vue personnel, discutable tout de même.

Une image écornée, une personnalité controversée

Idrissa Seck, je l’ai combattu en 2012, dois-je le préciser. Comme bon nombre de sénégalais, il ne m’inspirait pas confiance. Je voyais en lui un dilapidateur des deniers publics. A lui seul, il incarnait, à mon sens, tout ce qu’il y a de mauvais en politique ; l’inconstance, l’arrogance, et j’en passe. Cette étiquette, sur fonds souvent d’exagérations et de manipulations, est revenue tout au long de sa carrière politique durant ces quinze dernières années. Son nom est intimement lié aux fameux chantiers de Thiès, théâtre d’une gabegie publique sans précédent, diront certains. Son jeu de yoyo politique avec Wade ne militait pas non plus en sa faveur. Il avait perdu en crédibilité.

Son passage à Sciences Po

Je « haïssais » Idy à tel point qu’un jour de janvier 2012, dans les parages de Sciences PO, je fus allé vérifier ses fameux diplômes qu’il aurait obtenus dans ce prestigieux établissement supérieur français. A cette époque, la polémique sur ses supposés diplômes enflait déjà çà et là. Je fus sorti bredouille. La vérificatrice m’annonça ces mots « Oui, Monsieur Idrissa Seck est diplômé de Sciences Po ». Elle me donna également la date d’obtention, la mention et l’équivalence de son diplôme. On était à deux mois des échéances présidentielles de 2012. Bref, je venais de me rendre compte que politique et manipulations vont de pair. Ceci dit, le premier maire libéral de la capitale du rail est souvent victime de mensonges et de propos calomnieux.

Idy le communicant

Je dois à la vérité d’avouer que j’ai toujours été séduit par le discours de l’homme qui fut le troisième premier ministre d’Abdoulaye Wade malgré quelques dérapages. Ndamal Kadior, comme on le surnomme, est un orateur hors pair, un redoutable magicien de la com. Il maitrise l’art de la rhétorique et de l’éloquence. Cela traduit une chose, le charisme politique, rare dans le landerneau politique sénégalais. Il faut lui reconnaître cela. Il me rappelle d’ailleurs un certain Abdourahmane Diouf, un autre membre de son parti, un homme talentueux pour qui j’ai beaucoup d’admiration. Le régime actuel ne laisse pas de marbre face aux sorties médiatiques de Idrissa Seck, qui, rappelons-le, participent à la vitalité de notre démocratie et à la confrontation d’idées, très utiles dans ces moments de déficit démocratique.

Non, idy n’est pas mort

C’est une lapalissade de dire qu’on n’est jamais mort en politique. On peut ressurgir à tout moment. Il faudrait bien composer avec Idy lors des échéances électorales de 2019. En l’absence probable de Khalifa et de Karim, il apparaît naturellement comme l’homme de la « situation » aux yeux d’une certaine opinion. Si le PDS ne parvient pas à avoir un candidat consensuel issu de ses flans, une partie de son électorat basculera au profit d’Idrissa Seck. De même, l’électorat de Khalifa lui sera favorable. Si sa candidature est portée par une forte coalition politique, il apparaitra clairement comme un rassembleur. Bref, c’est un schéma fort envisageable qui est en train de se dessiner. Son retour sur le terrain, sa ferme intention de structurer son parti, la reconnaissance de ses nombreuses erreurs du passé font de lui un adversaire redoutable pour le président Macky.

Et Macky Sall dans tout ça

Fin politicien, bon tacticien, Macky Sall est bien conscient du danger que représente Idrissa Seck. Le président du conseil départemental de Thiès bénéficie d’un extraordinaire concours de circonstances. Tout laisse penser que Khalifa et Karim seraient disqualifiés lors du rendez-vous électoral de 2019 qui s’annonce déjà. Une aubaine inespérée pour Idy. On comprend mieux et bien pourquoi les deux fils spirituels de Wade vivent à couteaux tirés. L’un ne cache pas son ambition présidentielle, l’autre veut conserver son trône. De toutes les manières, un deuxième tour en 2019 sera fatal à Macky Sall.Il le sait. Comme on le dit souvent, au premier tour d’une élection présidentielle au suffrage universel, on choisit ; au second, on élimine. Petit rappel historique. En 2012, les sénégalais ont voté plutôt contre Wade au second tour. A la même année, les français ont voté également contre Sarkozy et non pour Hollande. Cela montre à suffisance qu’au second tour, c’est souvent le « seul contre tous » qui dicte sa loi. Bien évidemment, Macky Sall et ses soutiens feront des pieds et des mains pour éviter un second tour. Il faut admettre que la peur bleue d’un second tour s’est installée dans le camp présidentiel. C’est une question de survie. Se maintenir ou « périr » ad vitam aeternam.

Deco Lo

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